lundi 23 novembre 2009
Revue de pressé
Plus de deux semaines sans billet ; je sais, la vie de lecteur de ce blog n'est, ces derniers temps, qu'une longue attente. A côté de ça, le désert des Tartares, c'est de la gnognotte. Mais ce n'est pas que je ne travaille pas, bien au contraire ; je mets la première main à un manuscrit, ce qui me tient à mon bureau tous les matins que Barack Obama fait.
Résultat, si l'on compte le reste de la journée passé à mâchouiller les idées matutinales, j'ai à peine le temps de m'occuper des jeunes enfants, d'une jeune épouse mienne et de continuer à lire quelques auteurs afin de me laver le cerveau.
Bref, toujours l'envie de blogguer mais plus le temps de ciseler ces magnifiques perles sur l'Amérique d'aujourd'hui. "Que faire alors ?" se demandait Lénine. Je lui répondrai : "faire plus court". A savoir, deux fois par semaine, une revue de presse à ma sauce, touillée en une demi-heure chrono.
On jettera dans la marmite la marée du jour en quelques lignes, des photos, du coq-à-l'âne voire des vidéos. Ce sera moins long et plus fréquent.
Et la liste "des sujets dignes d'être traités"
- Comment traduire "going rogue", le dernier (et premier) livre de la miss Palin. "Devenir filou", se la jouer perso" ?
- La crise de la presse a encore frappé. "Blade", le plus ancien journal américain pour les homosexuels, basé à Washington DC, a fait faillite. Il venait d'avoir 40 ans.
- La ligue de football professionnel commence à se pencher sur le cas des traumatismes dus aux chocs répétés sur la tête. "Pourquoi pas ? disent les joueurs. Mais on a match dimanche prochain et c'est le plus important."
(Maintenant, à vous de jouer)
mardi 10 novembre 2009
Noms d'oiseaux
Une fois n'est pas coutume, je sors de ma tanière et réponds à un tag. L'idée est de donner les phrases les plus souvent répétées à la ribambelle d'enfants qui entoure d'un amour prévenant l'ancien ado récalcitrant que je demeure.
Comme cette invitation à l'introspection m'a été aimablement adressée par l'alerte Plume vive, pourquoi ne pas entrelacer ces mots doux d'oiseaux vus ce week-end dans la réserve naturelle de Blackwater (baie de Cheasapeake, à deux heures de DC) ?
Comme tout est question de contexte, imaginons d'abord un père peinard, regardant au loin la fureur du monde.

Puis le même, dès la sortie de l'école, entouré d'un halo d'enfants et devant gérer plus d'une situation à la fois. Ce qui, on en conviendra, est fort compliqué.

- A table !
- Lavez-vous les dents et mettez-vous en pyjama.
- Bon, maintenant, on dort.
(Image du paternel fondant sur sa progéniture pour la morigéner).

- Je parle, à ton frère, pas à toi, alors tu n'interviens pas.

(Au grand) - Tu as reçu des notes aujourd'hui ?

(A haute voix devant les enfants) - Bon, qu'est-ce que je voulais dire d'intelligent ?
(Rires de la foule massée devant mon visage faussement stupéfait).
(D'humeur badine) - Hop, hop, hop, Rapoport (rapport à la sociologue du même nom...En fait non, c'est juste pour la joie de l'allitération).

(Avant de sortir) - On y go !
(Pas étonnant qu'ils ne parlent pas anglais couramment).
- Ne mangez pas et ne buvez pas devant l'ordinateur.

(En regardant la lunch du petit garçon, souvent à moitié pleine) : T'as rien mangé, aujourd'hui.
- Qui prend son bain en premier ?

(Enervé face à un relâchement du corps enfantin à table) - Tu te crois où ? On n'est pas chez mémé, ici !
(Aux deux aînés qui jouent sur l'ordi) - J'aimerais bien récupérer l'ordinateur pour voir quelque chose sur Internet.
La chanson du jour : Charles Trénet chante "Je chante" (eh oui, allitération, j'écrirai ton nom).
Et la liste des "oiseaux que je peux reconnaître"
- Le merle (bec jaune, je crois).
- La buse (plus petite que l'aigle et plus présente en Lorraine).
- Le corbeau (lorrain... Que je confonds toujours avec la corneille d'Essonne).
(Maintenant, à vous de jouer)
vendredi 30 octobre 2009
De grands enfants dans un jardin paisible
J'aime à penser que les artistes ont un boulot conséquent : donner à nos berlues un corps, des traits physiques qu'ils sont allés chiper je ne sais où. A partir de là, au spectateur de se débrouiller avec cette apparence physique souffreteuse, d'échapper à ces bras robustes, de contempler une figure dont la perfection fait pâlir de jalousie les hommes au ventre plat. Et de s'en retourner pour touiller toute cette beauté.
C'est ainsi, les sculptures m'émeuvent toujours, et sans cesse, j'y reviens, avec ce besoin de les toucher, de les cajoler voire de les frapper. Par ailleurs, la taille me fascine, la démesure m'amuse. La pluie me ravit. La nature me comble. Un lieu a eu la délicate attention de rassembler tous ces menus faits. Ce n'est rien de dire que la visite du Storm King art center fut une des expériences sensibles les plus extraordinaires de ma vie.
Situé à une centaine de kilomètres au nord de New York, ce lieu, créé en 1969, est à la fois jardin de sculptures et land art.

Nous n'avons pas eu le plaisir de marcher près de la centaine d'œuvres présentées tant il pleuvait. J'avais parfois l'impression de contempler de grands veilleurs.


Mais la demi-heure passée dans un petit train qui slalomait entre ces géants a suffi à me donner envie d'y revenir. Le temps était suspendu.

Comme cette œuvre de Calder me plaît, sous son aile repliée.

Vue sous un autre angle, elle prend ses appuis avant l'envol évident.

Un petit tour plein d'humour dans les bois.



Ce mur d'Andy Goldswothy me ravit par sa simplicité et sa drôlerie. Sur 760 mètres, le muret têtu réussit l'exploit de serpenter entre les arbres, de disparaître dans l'eau et de réapparaître de l'autre côté de l'étang, brièvement. Du grand art.


Des enchevêtrements de tubes de chantier entrecoupés d'air et de pluie.


La dernière œuvre acquise par le centre est de Maya Lin (la créatrice du mur du Vietnam). Son nom : wavesfield (champs de vagues).
Et comme dans les meilleures histoires, tout se termine en dansant.
La chanson du jour : le "twenty-two bar" de Dominique A.
Et la liste des "sculptures du quotidien"
- La tâche de café qui a débordé
- Les toiles d'araignée dans les maisons américaines
- Les tas de feuilles sur les trottoirs
(Maintenant, à vous de jouer)
dimanche 25 octobre 2009
Quelques Américains illustres (dans les Berkshires)
En une journée, nous avons embrassé 100 ans de l'histoire américaine. Tout simplement le vingtième siècle, la littérature, la peinture et le sport. Il suffit pour cela de se rendre dans les Berkshires, au nord de New York, non loin de la vallée de l'Hudson.
A un jet de livre de Hartford (et de la maison de Mark Twain, visitée voici un an et demi, déjà), nous avons découvert la demeure d'Edith Wharton (1862-1937). Bâtie en 1902 sur les plans conçues par la romancière, passionnée d'architecture, "The Mount" compte 35 pièces... Vue depuis les jardins, elle est impressionnante.

De l'intérieur, un peu moins car, vendue en 1911, elle servira ensuite d'école pour jeunes filles, avant de tomber dans l'oubli dans les années 70 et 80. Au début des années 2000, elle deviendra brièvement la résidence d'une troupe de théâtre. Lorsqu'une association se crée en 2003 pour lui redonner son lustre, la maison est en piteux état. On pare au plus urgent. L'extérieur est consolidé... L'argent commence à manquer... Les pièces de réception sont réaménagées...



On arrive à refaire les parquets... Mais les finances sont au plus bas... On en est là aujourd'hui de la résidence d'une des plus importantes femmes américaines de la première moitié du vingtième siècle. Première femme à remporter le prix Pulitzer, en 1921, pour "Le temps de l'innocence", première femme à devenir doctor honoris causa de l'université de Yale en 1923, elle est partie s'installer en France dès 1907. Son rôle dans l'aide aux blessés durant la première guerre mondiale sera reconnu. A sa mort, en 1937, elle laisse une oeuvre importante : 40 livres en 40 ans.

Elle reconnaissait honnêtement, à la fin de sa vie, s'être laissée convaincre de poser pour la photo à son bureau bien qu'elle écrivît la plupart du temps dans son lit où elle demeurait toute la matinée.
A quelques dizaines de kilomètres seulement, c'est un autre monde qui se dévoile : l'oeuvre de Norman Rockwell (1894-1978), un des peintres américains les plus appréciés. Surtout connu pour son travail d'illustrateur, il a réalisé plus de 300 couvertures du "Saturday evening post" jusqu'en 1960. Doté d'un style hyperréaliste, il raconte des morceaux de vie de l'Amérique moyenne. Le musée qui lui est consacré à Stockbridge a aussi réjoui les enfants. Le grand l'appelle "le peintre ironique", je dirais qu'il dessine avec bienveillance la société des années 40 et 50. Mon beau-père, grand fan d'Eddy Mitchell devant l'éternel, aurait apprécié.Mon tableau préféré est une série de dessins de cheerleaders durant un match de football américain. Les gestes exagérés de la jeune fille avec ces petits bonshommes qui semblent lui courir sur le corps m'ont ramené à Gulliver, à une femme géante, à l'homme minuscule d'Almodovar ("Parle avec elle") qui rentre dans la femme.
J'aime bien aussi ces grands gamins qui doivent âprement discuter de la composition des équipes.
Ils devaient porter des maillots reprisés comme celui-là.
Et des chaussures mal lacées...

Pas celles-ci (d'accord, j'ai une toute petite main mais le spécimen chausse du 52, c'est Shaquille O'Neal, qui mesure 2m10)...

Ces memorabilia, dont sont grands amateurs les Américains, se trouvent au basket-ball Hall of fame, situé à Springfield, Massachusetts. Une espèce d'écran Imax collé à une bretelle d'autoroute avec une petite sphère en haut d'un totem.


Au sein de ce panthéon des héros nationaux de la balle au panier (jeu inventé en 1895 par le docteur Naismith), on trouve le plus illustre d'entre eux, intronisé voici deux mois.
Michael Jordan (1984-2003 pour sa carrière professionnelle), ce sont des trophées, des titres, la gloire, le travail, le talent, la souplesse et le charisme, mais aussi le triomphe du marketing sportif. Il y avait l'ours de la MGM pour le cinéma dans les années 50, il y a Nike et MJ à partir des années 80. Quiconque ne connaît pas le basket connaît pourtant Jordan. Regardez comme il danse bien.
Après ce siècle d'histoire américaine en raccourci, nous nous en allons baguenauder ces deux prochains jours sur les rives de l'Hudson.
La chanson du jour : "Edith Wharton's figurines" par Suzanne Vega.
Et la liste des "sportifs qui ont marqué leur époque"
- Johnny Weismuller (nageur acteur)
- André Lacoste (tennisman surnommé "le crocodile")
- Zoé Budd (coureuse pieds nus)
(Maintenant, à vous de jouer)
jeudi 22 octobre 2009
Compte de Noël
Halloween est quasiment derrière nous et la dinde de Thanksgiving en voie d'être farcie. Pour combler le risque d'ennui inhérent à ce tourbillon festif incessant, nous voici donc entamant la dernière ligne droite de Noël.
Ainsi va la vie aux Amériques, terre où les fêtes et la tradition sont suivies de monstrueuses périodes de soldes.
Sur mon agenda mondain, s'il est un événement que je ne manque pour rien au monde, c'est bien la sélection du sapin de Noël de la Maison blanche. Depuis 1966, La très sérieuse Christmas tree association choisit avec doigté l'arbre qui ornera la "blue room" présidentielle durant les fêtes. Inutile de vous dire que les paris sont serrés et que les éleveurs de sapins sont sur les dents jusqu'à l'ultime décision qui vient d'être rendue.
Car leur bébé désigné et c'est la gloire éternelle... En tout cas, pour un an. Pensez donc, toutes les photos officielles de Noël se font au pied de l'élu. (Peut-être même que par une froide nuit de décembre, Bo, le chien de la famille Obama, viendra déposer son obole liquide à ses pieds).
Mais pour arriver à ses fins, le champion a dû accomplir un véritable parcours du combattant : remporter les sélections régionales puis la grande compétition qui l'oppose à des sapins issus de 25 autres États. Pourquoi seulement 25 ? J'imagine que l'Arizona -pour prendre l'exemple le plus farfelu- produit peu de sapins ou alors des bien plus piquants.
Sans vous faire languir davantage sur l'identité du vainqueur, sachez que vous tenez là un grand parmi les grands. Il n'est qu'à voir son port illustre, son plumage garni, la franche camaraderie de ses branches, dont pas une ne fait d'ombre à l'autre...

On voit bien à l'oeuvre dame nature américaine, quand elle est domptée par l'homme, sublimée par la main du cultivateur amoureux de la belle ouvrage. C'est le géant vert, le cône absolu. Une manière de perfection faite arbre avant sa récupération mercantile dans des artefacts de mauvais goût d'origine allemande.

Et les artisans de ce joyau qui sera amené fin novembre par camion spécial vers la Maison blanche, me direz-vous ? Qui sont-ils ces magiciens aux ciseaux d'argent ?
Eh bien, ce sont deux gens humbles. Eric et Gloria Sundback, respectivement 82 ans et 83 ans sous le harnais, ont dédié leur vie à l'arbre sacré. D'abord à Washington DC où ils ouvrent une boutique dans les années 50, puis en Pennsylvanie où ils cultivent leurs propres sapins. Ils possèdent aujourd'hui une centaine d'hectares en Virginie occidentale et ce sont les empereurs du sapin présidentiel, toujours imités, jamais égalés. Les Michel-Ange du Douglas et du Fraser (les espèces victorieuses).
Pour ceux qui douteraient encore de leur excellence, un seul chiffre. En 43 ans de concours, seuls 7 exploitations ont fourni deux sapins à la Maison blanche. Eux, ils ont gagné QUATRE fois.
Le secret de leur réussite ? "Durant notre carrière, nous avons fait plus de 70 000 miles pour recueillir les meilleures graines dans les montagnes, du Canada jusqu'au Mexique", dit le vieux monsieur au Washington Post. "C'est comme si nous cherchions de l'or".
Le reste, ce n'est que de l'amour, de la patience et un savoir-faire immémorial. Les Sundback consignent tout dans des classeurs à trois anneaux : le lieu et l'année où ils ont trouvé la graine et sa place dans le verger. Ils visitent chaque arbre huit fois l'an, les fertilisent, les tondent, les irriguent et, bien sûr, les taillent.
Surtout, ils taillent à la main. L'objectif est de produire un arbre élancé où "les branches sont bien droites devant, comme au garde-à-vous" (Washington Post). Pas ces zombies étiques aux branches pendouillantes.
Le sapin, c'est leur vie. Alors, même si les Sundback croyaient que leur temps était révolu, leur œil acéré avait remarqué qu'un petit promettait. En août dernier, le sapin encore tout jeune -2,40 mètres sous la toise-, a remporté haut l'aiguille un concours régional. Avec la suite royale que vous connaissez. Désormais deux fois plus grand, il devra être raccourci de 15 centimètres pour intégrer la "blue room".
Eric Sundback a un mot délicieux en regardant son verger : "tous les sapins ne veulent pas être un sapin de Noël".
Ca n'a aucun rapport mais vous vous êtes déjà mis dans la tête d'un sapin de Noël en colère ? (Attention, bande-annonce garantie avec du faux sang rouge vif).
Remarquez, on les comprend, quand on voit les agressions dont ils font l'objet 24h/24.
La chanson du jour : "Christmas eve/Sarajevo" par le Trans-Siberia orchestra, un truc très bizarre, avec des violons, un manoir, une blonde en déshabillé et un piano sous une neige artificielle.
Et la liste des "chiffres des sapins de Noël"
- 70% des sapins achetés aux Etats-Unis sont artificiels.
- Une trentaine de boules de Noël sur notre sapin.
- Aucune étoile au sommet de l'arbre.
(Maintenant à vous de jouer)
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