Encore un de ces raccourcis qui en disent finalement pas mal sur les sociétés hexagonale et américaine.
Je viens d'apprendre, en lisant une tribune de son président dans Le Monde, que les parcs nationaux français ont été créés voici cinquante ans... En 1960... Des gamins, aurais-je envie d'ajouter.
J'en parle car nous venons d'entamer le visionnage de la série consacrée par Ken Burns aux parcs nationaux américains et le parallèle est impossible à ne pas faire.
Cette saga de 12 heures (6 DVD) s'avère un véritable plaisir sensoriel et intellectuel. Comme pour son travail sur la guerre de sécession (11h30) et ses autres films, le réalisateur y poursuit son exploration des passions américaines.
Sous-titré "la meilleure idée des Etats-Unis", le film est tout sauf manichéen. Le premier parc national, Yosemite, a été créé en 1872. Très tôt, au moment où les pionniers se ruent vers l'ouest en construisant et exploitant à tour de bras, des hommes ont pris conscience que la nature doit être préservée du développement économique tous azimuts.
John Muir ou encore le créateur de Central Park,
Frederic Law Olmsted, sont parmi les pionniers qui vont se battre auprès de la capitale pour sauver ce qui peut -encore- l'être en plaçant ces espaces sous la coupe de l'Etat fédéral.
Je vous passe les détails de l'histoire mais elle est passionnante. Et ironique. Figurez-vous que Yosemite puis Yellowstone (photo du haut) sont devenus des parcs nationaux parce qu'il n'y avait aucune richesse dans le sous-sol. Pas d'argent à gagner. C'était le point clé sur lequel ont appuyé les lobbyistes pour faire avancer la cause de la nature. Malin, je trouve.
Parmi les plaisirs du film, il y a celui d'entendre les longues et très architecturées phrases de Thoreau et Emerson, poètes mythiques ici-bas et que j'avais largement survolés. L'une d'elle m'a frappé. En gros, il est dit : " nous, Américains, nous n'avons pas les cathédrales ou les monuments de l'Europe mais nous avons plus encore. Nous avons la nature, qui dépasse les cathédrales en splendeur".
A l'origine des parcs nationaux américains, il y a cette émancipation par rapport à l'Europe, la certitude (ou la croyance) de devoir sauvegarder et protéger le jardin d'Eden, comme l'avait créé Dieu. Et la volonté de l'offrir à tous les Américains, pour que des générations entières puissent en profiter.
Dieu, la nature, l'Amérique et la volonté démocratique... On revient toujours à ces thèmes par un biais passionnant qui est celui des parcs nationaux.
Je ne sais pourquoi mais j'étais vaguement triste, ce matin, d'apprendre que la France avait été le dernier pays européen à se doter de parcs nationaux. J'étais aussi très heureux d'avoir le privilège de visiter et de découvrir, pour encore un an, les parcs nationaux américains.
Et la liste des "destinations rêvées"- L'Australie (l'outback, la poussière et ces camions-trains).
- Le Japon (Tokyo et les jardins).
- Le Transsibérien (et son voyage immobile).
(Maintenant, à vous de jouer)